Google, la fin de la vision grand public ?

Ce 11 et 12 mai, c’était la grande messe tech­no­lo­gique chez Google : le Google I/O 2011, une grosse confé­rence orga­ni­sée par Google à des­ti­na­tion de ses déve­lop­peurs et aussi l’occasion de l’année pour de grandes annonces. Cette année n’est pas cou­tume, un grand nombre de nou­veau­tés ont été annon­cées, que ce soit pour Android et le mar­ché des tablettes ou la sor­tie de Google Music per­met­tant de mettre en ligne 20 000 mor­ceaux de musique pou­vant ainsi être lus depuis n’importe quel appa­reil (inter­net, mobile) mais seule­ment dis­po­nible pour les Amé­ri­cains ou encore la sor­tie de Chrome OS, un sys­tème d’exploitation pour les net­books uti­li­sant juste le navi­ga­teur Chrome.

D’autres nou­veau­tés bien qu’intéressantes pour le sec­teur pro­fes­sion­nel viennent chan­ger l’utilisation de cer­tains pro­duits pour les petites entre­prises mais sur­tout les par­ti­cu­liers ama­teurs qui y trou­vait des solu­tions simples puis­santes presque gra­tui­te­ment. Je veux par­ler de deux produits :

  • Google Apps : Les appli­ca­tions Google (Mail, Calen­drier, Docu­ments, Chats, Contacts) sur son propre nom de domaine. C’est à dire avoir des mails non pas en @gmail.com mais en @monnom.fr tous en uti­li­sant Gmail derrière.
  • Google App Engine : Pos­si­bi­lité de créer une appli­ca­tion et de la dépo­ser sur les ser­veurs de Google qui s’occupera ensuite de gérer auto­ma­ti­que­ment la charge de l’application (per­met­tant de répondre à un grand nombre de visites durant un temps court).

Ces deux pro­duits de Google qui sont dis­po­nibles depuis main­te­nant plus de 3 ans étaient par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sants pour les petites entre­prises ou les par­ti­cu­liers ou encore l’Eglise catholique.

Google Apps

La pos­si­bi­lité d’utiliser les appli­ca­tions per­for­mantes de Google sur son domaine était très utile pour une famille par exemple en ache­tant le nom de domaine en .fr de son nom de famille, il était pos­sible de don­ner gra­tui­te­ment des mails à toutes sa famille (cou­sins com­pris) et ensuite de pou­voir par­ta­ger des docu­ments avec seule­ment notre famille.

Mais dans le cadre de l’église, une com­mu­nauté ou une paroisse pou­vait alors l’utiliser pour rem­pla­cer son sys­tème d’information :

  • Créer les comptes e-mails pour tous les prêtres de la paroisse et les per­sonnes per­ma­nentes (secré­taire, res­pon­sables, web­mestres), mais aussi un mail pour chaque groupe ou mou­ve­ment (scout, groupes de prière, groupe litur­gique, etc …).
  • Par­ta­ger sim­ple­ment les infor­ma­tions entre toutes ces per­sonnes (calen­driers par­ta­gés, docu­ments par­ta­gés, for­mu­laires d’inscriptions, mini-sites, listes de diffusions).

Lors du lan­ce­ment de ce ser­vice, le nombre de comptes uti­li­sa­teurs était illi­mité (une pre­mière base de 100 comptes, puis une pos­si­bi­lité d’en deman­der plus en jus­ti­fiant). Une offre payante est ensuite appa­rue pour 40$ par uti­li­sa­teur et par an, l’espace de sto­ckage étant gran­de­ment agrandi, en plus de l’intégration de nou­velles fonc­tion­na­li­tés des­ti­nées aux entre­prises. L’offre gra­tuite est alors pas­sée à 50 comptes, ce qui est lar­ge­ment suf­fi­sant pour la plu­part des usages don­nés plus haut. Pour les orga­ni­sa­tions à but non lucra­tif (asso­cia­tions) et l’enseignement, l’offre Pro­fes­sion­nel leur est offerte mais seule­ment au États Unis ! Cela devrait arri­ver en Europe pro­chai­ne­ment, le temps pour Google de s’adapter aux spé­ci­fi­ci­tés légis­la­tives de chaque pays.

Depuis le 11 mai, les ins­crip­tions de domaine sous Google Apps sont limi­tés à 10 comptes, un nombre ridi­cu­le­ment plus faible per­met­tant une uti­li­sa­tion par de très petites orga­ni­sa­tions, ou dans le cadre de tests par une simple personne.

La rai­son de cette res­tric­tion est simple : de nom­breuses petites entre­prises uti­li­saient la ver­sion gra­tuite. Mal­gré il serait bon de dis­po­ser d’un juste milieu gra­tuit pour des struc­tures non-professionnelles : pas besoin de 25 Go de sto­ckage (au lieu de 8Go) ni d’une admi­nis­tra­tion trop pous­sée, d’un fil­trage avancé des mails…

L’intérêt de la solu­tion était vrai­ment la pos­si­bi­lité d’avoir des mails gra­tuits et un ser­vice d’une grande qua­lité. Un héber­geur inter­net per­met, pour 30€ par an, d’avoir 200 comptes email (limité à 20Mo), nombre lar­ge­ment suf­fi­sant pour la plu­part des besoins.

Il est vrai­ment dom­mage qu’un ser­vice de cette qua­lité soit réduit même si cela n’affecte que les nou­veaux comptes créés, tous les anciens comptes Google Apps res­te­rons avec leurs 50 comptes ou plus en fonc­tion des condi­tions lors de leur création.

Logo de Google App EngineGoogle App Engine

Cette solu­tion de Google tour­née vers les déve­lop­peurs, leur per­met de déployer leurs appli­ca­tions sur les ser­veurs de Google avec une mon­tée auto­ma­tique de la puis­sance ser­veur en fonc­tion du nombre d’utilisateurs courant.

L’Eglise catho­lique avec Tech­no­lo­giæ a choisi de déve­lop­per plu­sieurs appli­ca­tions sur le Google App Engine pour deux rai­sons : la la fonc­tion­na­lité de mon­tée en charge de l’application, et le prix (nous repar­le­rons plus loin du fonc­tion­ne­ment de la facturation).

  • La plus grosse appli­ca­tion déve­lop­pée sur cette pla­te­forme est Eglise Info. Ce site qui a terme rem­pla­cera le site de recherche d’horaires de messes, Mes­se­sInfo, doit sup­por­ter la mon­tée en charge lors des deux pics de visites annuels : la veille de Noël et la semaine sainte. Or jusque là, le site Mes­se­sInfo ne fonc­tion­nait pas lors de ces deux moments à cause de la trop forte affluence. App Engine (Java) nous per­met­tra (le pro­jet est en cours, et il reste des opti­mi­sa­tions à faire) à terme sans rien faire de pou­voir répondre à tous les uti­li­sa­teurs même durant les fortes affluences, Google allu­mera des ser­veurs auto­ma­ti­que­ment pour l’application qui seront ensuite éteints dès que les uti­li­sa­teurs seront repartis.
  • Deuxième appli­ca­tion, sur une par­tie des sites catho­liques fran­çais, une barre de navi­ga­tion uni­fiée appa­raît en haut de la page. Cette barre uti­lise aussi Google App Engine (Python) qui a per­mis de créer faci­le­ment le pro­jet. Une inter­face d’administration per­met de per­son­na­li­ser les barres, elle est acces­sible depuis tout compte Google dont l’accès a été autorisé.
  • Tech­no­lo­giæ est aussi en train de créer un pro­jet four­nis­sant une API simple de recherche dans les Bibles de tra­duc­tion catho­lique. L’utilisation de Google App Engine (Java) est effec­tive pour la pos­si­bi­lité de mon­tée en charge si le ser­vice se déve­loppe, les ver­sets des Bibles étant quant à eux sto­ckés dans l’espace de sto­ckage de la base de donnée.
  • Un deuxième pro­jet éten­dant ce pre­mier est de four­nir une API per­met­tant l’envoi de ver­sets quo­ti­dien pré-remplis par un prêtre par SMS, mail, chat, Twit­ter, Face­book. Cette fois-ci, nous avons choisi d’utiliser App Engine pour sa pos­si­bi­lité d’envoyer un grand nombre de mails par des tâches programmables.

Le paye­ment de Google App Engine se fait par un sys­tème de quo­tas gra­tuit, puis de paye­ment à l’utilisation. Les quo­tas sont nom­breux et de plu­sieurs styles :

  • Nombres d’heures de CPU : c’est à dire le temps exact durant lequel un pro­ces­seur tourne pour notre appli­ca­tion sans prendre en compte le temps où il ne fait rien.
  • Nombres de requêtes à la base de donnée.
  • Bande pas­sante : quan­tité de don­nées échan­gées entre le ser­veur et les clients.
  • Taille de la base de données.
  • Nombre de mails envoyés.
  • etc…

Cepen­dant les quo­tas étaient assez élevés pour qu’une appli­ca­tion de taille rai­son­nable ne les dépassent pas. Par ailleurs, seule­ment les dépas­se­ments des quo­tas gra­tuits sont fac­tu­rés. L’intérêt pour l’application Egli­seInfo est d’être en des­sous des quo­tas gra­tuits la plu­part du temps et de ne payer une par­tie que lors des affluences, c’est à dire à Noël et à Pâques ! Cette année pour Pâques, nous avons com­mencé à payer pour une forte charge mais de manière très rai­son­nable : moins de 5$ pour 100 000 visites vues en quelques jours !

Mal­heu­reu­se­ment, Google va chan­ger sa poli­tique de quo­tas dans le cou­rant de cette année et la pla­te­forme va deve­nir beau­coup moins inté­res­sante pour les dif­fé­rents pro­jets dont je viens de parler !

Les quo­tas gra­tuits vont être dimi­nués, par exemple on pou­vait envoyer 2 000 mails par jours, à par­tir de main­te­nant, on ne peux en envoyer plus que 100 ce qui réduit l’intérêt de notre appli­ca­tion envoyant des ver­sets quo­ti­diens par mail, ou de cer­tains for­mu­laires de contact ou d’inscription !

Les quo­tas en heures de CPU vont main­te­nant chan­ger pour se comp­ter en heures d’instance (un ser­veur démarré pour notre appli­ca­tion) c’est à dire que si un ser­veur est démarré pen­dant une heure, on paye l’heure entière même si son uti­li­sa­tion n’est pas de 100 %. Le quota gra­tuit est de 24h d’instance, c’est à dire 1 ins­tance par jours, ce qui est très peu : Egli­seInfo tourne en per­ma­nence avec 3 ins­tances et peut mon­ter jusqu’à une ving­taine d’instance à Pâques.

Mais sur­tout, si une appli­ca­tion veut pou­voir dépas­ser les quo­tas gra­tuits et payer le dépas­se­ment, elle devra payer 9$ par mois et par appli­ca­tion (un troi­sième prix existe pour les très grosses entre­prises qui ne veulent pas payer par appli­ca­tion : 500$ par mois quelque soit le nombre d’applications en béné­fi­ciant d’autres fonc­tion­na­li­tés professionnelles).

Cela veut dire qu’une appli­ca­tion App Engine coû­te­rait au mini­mum 108$ par an, sans comp­ter les dépas­se­ments de quota. Même si les tarifs de quo­tas sont très inté­res­sants (le coût du sto­ckage dans la base de don­née sera réduit), la pla­te­forme est moins attrac­tive pour les par­ti­cu­liers, les petits pro­jets ou les start-up !

Cette nou­velle poli­tique peut venir du fait que les anciens tarifs ne fai­sait pas assez pro­fes­sion­nel pour les grosses entre­prises pour qui un logi­ciel si il ne se compte pas en mil­liers de dol­lars n’est pas un bon logi­ciel. Cela bri­dera pro­ba­ble­ment la créa­ti­vité de plus petits projets …