De Moïse à Internet

Le Jeudi 25 mars, Gilles Bou­co­mont, Pas­teur de l’Eglise Réfor­mée du Marais à Paris, don­nait une confé­rence sur le thème « de Moïse à Inter­net ». Il a parlé de l’évolution depuis les débuts de l’écriture jusqu’à aujourd’hui avec l’avènement de l’Internet.

C’est vers l’an 3500 avant Jésus-Christ que l’on retrouve les pre­mières traces d’écritures sous la forme de signes gra­vés, ayant une repré­sen­ta­tion sym­bo­lique, sur de petites tablettes, les ostraka. Ils vont évoluer pro­gres­si­ve­ment en des sym­boles repré­sen­tant un son et non un objet (début de l’alphabet appelé « signes cunéiformes »).

Les pré­mices de l’écriture mis à part les chi­nois et les maya sont situés dans le Crois­sant Fer­tile (Baby­lone, Egypte, Crête), là où la Bible a com­mencé à être écrite.

Chaque révo­lu­tion tech­no­lo­gique par rap­port à l’écrit a fait évoluer le judéo-christianisme :
le pre­mier rap­port à l’écriture dans la reli­gion juive arrive avec Moïse qui reçoit les tables de la Loi. Elles seront parmi les pre­mières lois écrites. Ces tablettes seront inté­grées dans l’arche d’alliance et seront alors conser­vées dans le temple de Jéru­sa­lem, le centre reli­gieux du peuple hébreu.

Le culte du judaïsme était notam­ment cen­tré sur le pèle­ri­nage à Jéru­sa­lem, où le Temple était le seul lieu où l’on trou­vait la pré­sence de Dieu et où l’on pou­vait se former.

Lors de l’exil des Juifs en Méso­po­ta­mie qui dura presque un siècle, l’élite de Jéru­sa­lem va se trou­ver loin de l’arche d’alliance. Ils vont com­men­cer à mettre par écrit les textes bibliques sur des rou­leaux de peaux de chèvres. Cette évolu­tion tech­no­lo­gique va chan­ger le rap­port à la reli­gion. Ce ne sera plus le Temple qui contien­dra la pré­sence de Dieu mais c’est la parole de Dieu dans les Ecri­tures devien­dra le Temple.

Les Juifs vont ainsi construire des syna­gogues, qui auront des copies de la Torah (les cinq pre­miers livres de la bible judaïque qui contient toute la loi des Juifs). Les Juifs vont ainsi apprendre à lire la Torah. Le pas­sage à l’âge adulte se fête jusqu’à aujourd’hui encore en lisant publi­que­ment un pas­sage de celle-ci (c’est la Bar Mitzvah).

Les rou­leaux de peaux étant lourds et longs à déployer, la lec­ture de la bible se fai­sait de manière linéaire, on ne peut pas lire un pas­sage au début du rou­leau puis immé­dia­te­ment à la fin du rouleau.

Après la venue de Jésus, sur terre, les apôtres vont aussi pro­fi­ter d’une révo­lu­tion tech­no­lo­gique pour se déve­lop­per. C’est l’utilisation du papy­rus qui per­met d’écrire et copier des textes à un plus faible coût. Les lettres de Saint Paul envoyées à une com­mu­nauté de chré­tiens, seront alors copiées et envoyées à d’autres com­mu­nau­tés qui pour­ront aussi s’en ins­pi­rer. La volonté de rédi­ger ses lettres en grec (la langue uni­ver­selle de l’époque comme l’anglais aujourd’hui) vont aussi per­mettre aux chré­tiens de se répandre tout le long du bas­sin médi­ter­ra­néen. La Bible hébraïque aussi sera tra­duite en grec (tra­duc­tion des Septante).

C’est au cours des trois pre­miers siècles après Jésus-Christ, avec l’apparition du codex (une pile de feuille de par­che­min qui sont reliées ensemble : le livre) que la Bible va être réunie en un ensemble de livres qui seront fixés pour ne plus changer.

Cette évolu­tion va chan­ger la façon de lire la Bible. La lec­ture n’étant alors plus linéaire, il était pos­sible de lire une page d’un livre et de lire une autre ensuite. On pou­vait alors com­pa­rer les textes et appor­ter plus de réflexion sur leur contenu.

La sépa­ra­tion entre l’Église d’orient et d’occident est aussi due en par­tie au rap­port à l’écrit qui a changé dans le rap­port aux images. L’Église d’orient accorde une grande impor­tance à la pré­sence de Dieu dans les icônes, alors que l’Église d’occident affir­mera que les images ne sont que des illus­tra­tions pédagogiques.

Cepen­dant, au cours du Moyen-Âge, les fidèles pou­vaient décou­vrir les récits de la Bible au tra­vers des sta­tues et vitraux qui décorent les églises.

La grosse révo­lu­tion qui va lan­cer le mou­ve­ment pro­tes­tant ne va pas être Luther ou Cal­vin, mais fina­le­ment Gut­ten­berg avec l’imprimerie. Le pre­mier livre imprimé sera la Bible, celle-ci pourra ainsi être copiée en plus grand nombre pour un coût moins impor­tant qu’une armée de moines copiant les textes à la main.

La réforme pro­tes­tante a vrai­ment démarré grâce à cette révo­lu­tion. La tra­duc­tion dans la langue des fidèles a aussi per­mis à toute per­sonne sachant lire de com­prendre la Bible. Les impres­sions bibliques dans la langue cou­rante ont fixé ces langues qui étaient alors essen­tiel­le­ment orale (alle­mand et fran­çais modernes). Le pro­tes­tan­tisme s’est déve­loppé sur l’idée de per­mettre à tous les croyants de lire la Bible par eux-mêmes. Les pro­tes­tants ont donc créé de nom­breuses écoles ou impri­me­ries à proxi­mité des temples, ce qui déve­lop­pera la connais­sance des peuples de l’époque.

Plus proche de nous, le mou­ve­ment pen­te­cô­tiste s’est déve­loppé grâce à l’invention de la radio que cette Eglise à tous de suite su uti­li­ser pour dif­fu­ser son mes­sage. Plus tard, la télé­vi­sion, puis l’Internet a ampli­fié ce mouvement.

La der­nière révo­lu­tion est l’Internet, cet ensemble d’ordinateurs reliés ensemble pour par­ta­ger de l’information. La Bible mise en ligne est main­te­nant consul­table par mots clés. C’est un chan­ge­ment radi­ca­le­ment dans la lec­ture de la bible. On peut trou­ver un pas­sage, faire des études sta­tis­tiques des mots, com­pa­rer des pas­sages, accé­der aux langues ori­gi­nales sans les connaître…

L’avènement du web 2.0 (le web col­la­bo­ra­tif), change aussi cette approche théo­lo­gique que nous avons, cha­cun peut main­te­nant deve­nir four­nis­seur de contenu, les par­ta­ger avec les autres, les com­men­ter. La dif­fi­culté est qu’il est main­te­nant néces­saire d’être éduqué et avoir un sens cri­tique pour faire le tri dans toute la masse d’information (le meilleur comme le pire) que l’on trouve sur inter­net. Le rap­port à l’écrit com­mence à chan­ger, on lit beau­coup moins sur un écran par contre on recherche d’autres types de conte­nus, sonore et visuels, et de plus en plus interactifs.

L’Église se doit d’être pré­sente sur ce réseau sans pour autant oublier la rela­tion non vir­tuelle. Toutes les évolu­tions tech­no­lo­giques ont entraîné un chan­ge­ment dans les reli­gions, Inter­net risque aussi de pro­vo­quer un chan­ge­ment. A l’Église d’accompagner ce chan­ge­ment et de res­ter pré­sent plus que jamais.

En conclu­sion, cette confé­rence fut très inté­res­sante et nous a mon­tré que l’Église se doit de pro­fi­ter de cette nou­velle révo­lu­tion du rap­port à l’écrit. C’est exac­te­ment ce que le groupe Tech­no­lo­giæ sou­haite faire : aider l’Église catho­lique à inves­tir ces nou­velles tech­no­lo­gies, et à répondre aux nou­veaux défis. Un grand merci à Gilles Bou­co­mont pour cet éclai­rage sur l’histoire le rap­port à l’écrit des reli­gions judéo-chrétiennes qui a été bou­le­versé par les évolu­tions technologiques.

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